Ce spectacle nous offre tout un questionnement autour de la solitude :  de la solitude volontaire de celui qui s’enferme pour se protéger du monde, à l’isolement qu’entraîne l’abandon. Mais ce n’est pas seulement un ensemble de solitudes que nous dévoile Fabrice Murgia, auteur et metteur en scène. Car sa vision plus large nous donne à voir aussi ce qui entoure ces phénomènes sociaux : le regard que l’on porte dessus, les échanges qui se créent, les espaces inter-humains encore possibles, les portes de sorties, etc.

C’est donc une pièce très complète, à l’image de ces tragédies antiques si souvent citées en exemple, et qui ne peut se regarder sans pensée. Loin du simple divertissement, nous assistons à une de ces « situations graves et complètes » (Aristote) où il n’y a ni bien, ni mal, ni jugement… uniquement des humains qui se débattent.

Et pour cette tragédie moderne, rien de tel qu’une mise en scène riche (parfois un peu trop). L’art de Murgia transcende le texte avec excès : micros, lumières, vidéos et projections en live, changements de décors à répétition. C’est un spectacle vivant qui souvent sonne cinéma. Mélange de genre qui accentue tant les qualités que, malheureusement, les défauts. Cette sur-utilisation technique pose aussi les question du pourquoi? : est-ce toujours nécessaires? Est-ce toujours utile? Qu’est-ce que cela cherche à dire? On le fait « parce qu’on le peut », parce que ça a un sens ou pour combler un manque et séduire le spectateur avec des effets-paillettes?

Mais Fabrice Murgia peut se targuer d’avoir fait un pari difficile : pièce complète, mise en scène complexe et riche, … et de l’avoir réussi. Les tableaux sont d’une grande beauté, l’ensemble est d’une grande lisibilité, on ressort de là avec la tête bourdonnante de questions, avec la sensation d’avoir passé une bonne soirée, d’avoir vu un spectacle de qualité (malgré les longueurs de la première partie). Là-dedans, il faut souligner la merveilleuse performance d’Ariane Rousseau, purement magnifique dans le rôle de la mère.

Je ne peux qu’encourager à aller la voir si vous en avez l’occasion, vous n’en ressortirez pas déçu.

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