Berlin, l’entre-deux-guerres. Un américain assiste à la montée du nazisme dans cet univers de paillette, de fête, de joie.
Et nous, nous y assistons à travers la vie du Kit Kat Club, le fameux cabaret. 

Cabaret, mis en scène par Michel Kacelenenbogen, c’est un défi risqué relevé avec courage. Risqué car il est difficile, en tant que spectateur, de se défaire d’autres versions bien connues (le film avec L. Minelli en 1972, et le revival de Broadway avec A. Cumming en 1998).

Et c’est surtout difficile quand certains détails nous les rappellent violemment, de la chorégraphie de Two Ladies qui semble à certains moments calquée sur la version de Mendes avec Cumming, à la coiffure de Sally Bowles qui rappelle étrangement celle qu’avait Liza Minelli.

Malgré ces éléments, le spectacle est bon, même si la comparaison n’est pas toujours soutenue…

Principalement sur le personnage d’Emcee, le maître de cérémonie, qui fut ma plus grosse déception : alors que Grey l’interprétait de manière très douce, comme un observateur asexué, alors que Cumming était transgresseur à souhait et malsain dans le plaisir et la joie qu’il y prenait, dans cette version belge, il m’a fait penser à un pauvre clown pervers. Quelle différence, me direz-vous? Avec Cumming, cette perversion semblait naturelle et pleine de joie de vivre. C’était ce décalage avec nous qui le rendait malsain. Ce que je n’ai pas retrouvé ici…

Dans la même veine, certaines scènes nous perdaient. Ainsi, la scène d’ouverture déforce la tension due à l’attente, au « lever de rideau », au profit d’un visuel qui m’a peu parlé et qui ne servait pas – à mon sens – le message de la pièce. Et quelques chansons du cabaret (notamment Mein Herr) voyaient la chanteuse noyée derrière les danseurs.

Mais malgré ces petits bémols, c’est un spectacle riche, complet et agréable que nous propose Michel Kacelenenbogen. Une scénographie claire et esthétique, une mise en scène lisible (la scène d’ouverture exceptée), et surtout, trois acteurs dont la performance est (vraiment!) marquante :

  1. Delphine Gardin, qui interprétait avec beaucoup de retenue la vieille logeuse (Fraulein Schneider) et a donné une profondeur vraiment charmante à son personnage. Je l’ai particulièrement bien aimée sur Qu’importe! (dans la version anglaise Who cares!), ainsi que dans les scènes douloureuses de fin.
  2. Taïla Onraedt qui, en jouant toutes les facettes de Sally Bowles une à une, donnait une fragilité cristalline très touchante au personnage. Qui plus est, certaines de ses chansons (Life is a Cabaret et Maybe this time) m’ont vraiment emporté.
  3. Et petite surprise comme je les aime : j’ai (re)découvert Guy Pion (que j’avais vu l’an dernier dans un Richard III au Parc qui m’avait particulièrement déplu) mais cette fois, avec une joie non-dissimulée. Lui aussi, avec son interprétation de Herr Schultz, a vraiment su m’émouvoir.

Et enfin, j’ai vu jouer Daphné D’Heur (rôle de Fraulein Kost), une de mes anciennes profs d’art dramatique, pour la première fois. Son énergie ainsi que sa maîtrise de certains codes pourtant très théâtraux (gestuelles pantomimiques et jeux de regards qu’elle rendait très naturels) m’ont vraiment impressionné. Vraiment plaisant de la découvrir sur scène!

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