Dans cette adaptation du roman de Marguerite Yourcenar, la scénographie est bonne, la mise en scène meilleure encore, et les comédiens sont excellents. Un seul problème subsiste : le texte.

Dans ce texte qui tire en longueur, on distingue le grand talent des acteurs qui arrivent à le faire entendre plutôt bien. Malheureusement, malgré ça, les lourdeurs plombent la compréhension  : entre les descriptions ampoulées (pour ne citer que celle offerte sur le site du théâtre : « Zenon s’arrêta. Quelque chose d’indécis passa dans son regard, et s’y perdit, comme l’humidité d’une vapeur dans un brasier« ), les explications sans âmes et les phrases de trois kilomètres de long, le texte ronronne et berce, si bien qu’on s’aperçoit régulièrement qu’on a oublié d’écouter, ou que l’on est resté sur une phrase incompréhensible du début de la réplique… Ces allées et venues continuelles entre ce qui se passe sur scène et dans notre propre tête donnent l’impression, dans la première moitié du spectacle, de ne rien comprendre (ou qu’il n’y a peut-être rien à comprendre).

Par contre, la scène se réchauffe à la seconde moitié, et tout à coup, les personnages vous tiennent en haleine. L’inquiétude de Zénon vis-à-vis de son disciple, son incarcération, son « procès » si l’on peut dire, et sa fin ; toute cette partie pleine de vie contraste avec la lenteur philosophique du début. Preuve en est que dès qu’il y a quelque chose à jouer, les comédiens le rendent à merveille (petit coup de cœur d’ailleurs sur le duel verbal entre Zénon -Serge Demoulin- et le prieur -Dominique Rongvaux- entrecoupé de très brèves narrations par les autres comédiens).

Et si les costumes sont très sobres (seul indice peut-être d’une lecture plus que d’une véritable scène?), la scénographie abreuve l’imaginaire nécessaire pour habiller l’adaptation littéraire : peintures de maîtres flamands, carte médiévale, musiques d’époques uniquement chantées (avec brio par Soumaya Hallak) ; ou pour clarifier à certains moments ce qui manque : les lumières évoquant les lieux et l’utilisation de l’unique décors (une table) pour délimiter l’espace.

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