« De la beauté », un spectacle-tupperware? Ce spectacle quasiment sans parole plonge le spectateur dans une détresse muette pendant 1h25. Sans vouloir mettre en boîte le travail des comédiens et du metteur en scène, il faut annoncer la couleur : « De la beauté » n’est pas un spectacle réussi. Fort heureusement, il ne parvient pas à cacher le talent des comédiens. 

Le programme annonce un travail « à rebours du catastrophisme, de la fascination pour l’horreur », l’histoire d’un « club » en pleine recherche : quatre personnages cherchant à retrouver ce qui a fait vibrer leur âme : la beauté. Mais au lieu d’un éloge, on reçoit une mise en garde : l’impression que cette expérience de « beauté imminente » a dévasté leur vie.

Sans parole, les comédiens font preuve d’une incroyable qualité d’écoute et enchaînent toutes les actions de manière vraiment naturelle. Le reste de leur performance est tout aussi impressionnante : à travers les « tableaux oniriques » de la pièce, ils font un admirable travail de lenteur et de maîtrise corporelle. Dans la même veine, le jeu en grommelot donne des tableaux très attirants, et l’expression corporelle est intéressante.

Malheureusement pour le spectateur, cela ne suffit pas. Deux problèmes majeurs persistent : une construction de personnage qui fait barrage et un important manque de rythme.

Les personnages, dont le principal moyen d’expression ici est le corps, sont travaillés dans une forme d’exagération, à la limite de la pantomime. Ce qui transparaît, c’est une forme de folie. Cela bloque complètement l’identification du spectateur et empêche toute forme d’empathie. Et puisque la parole est absente – elle n’arrive qu’au dernier tiers du spectacle et paraît alors salvatrice au regard des exclamations soulagées de la salle ­–, l’intellectualisation n’est pas possible non plus.

Cela pourrait encore passer sans ce problème de rythme. Des scènes de lenteurs entrecoupées de longs noirs, dans une histoire sans intrigue, le tout sans un mot pendant au moins une heure, voilà le mélange parfait pour perdre le spectateur. Au milieu de cette masse de non-informations, l’impression qui domine est une longue attente.

Bref, à l’image des célèbres boîtes en plastiques, ce spectacle allie qualité de matériaux – sujet intéressant, bons comédiens, scénographie agréable – et grand hermétisme, puisque rien ne passe de la scène à la salle.

[Publication officielle ici]

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