Au travers d’une comparaison surprenante avec les oiseaux, sept musiciens nous proposent un chemin tout en délicatesse pour prendre notre envol, sortir du nid, et pourquoi pas, perpétuer la tradition en même temps que l’Espèce. Mais ce soir, sous nos yeux ébahis et au milieu de nos pépiements amusés, l’Harmonie va d’incidents en accidents, et ce qui devait être un guide devient source de questionnement. Une heure à peine, cela suffit à la compagnie Agora pour vous faire passer du rire aux larmes, vous mettre la tête à l’envers, et surtout, vous laisser repartir gai comme un pinson. 

Le spectacle s’ouvre sur LA grande question : qui suis-je? Claire la pose à sa mère, puis à son père mais personne ne répond. C’est là qu’intervient l’Harmonie de la Gent à Plume, une fanfare extravagante et fana d’oiseaux. Constituée de six membres colorés ayant chacun leur spécialité, elle s’adresse directement au public et narre la vie et les mœurs des oiseaux. A moins que ce ne soit des humains dont il soit question? Questionnant les relations parents-enfants et faisant vibrer vécu familial de chacun, l’Harmonie remet les coucous à l’heure : il n’est facile ni d’être parent, ni d’être enfant.

Sur scène, une grande complicité et une écoute impressionnante dynamisent cette histoire découpée en tableaux. Les comédiens offrent des personnages clairs, corporellement expressifs, et font preuve d’une très belle cohésion de groupe, et tous, où que se porte le regard, jouent en permanence. Aucun moment d’attente, à tel point qu’on en perdrait un peu le Nord s’il n’y avait pas une discrète présence qui nous ramène aux thématiques. Présence inconnue qui joue, met en lumière, donne les accessoires, questionne et surtout, fait le lien entre ce monde un peu merveilleux de l’Harmonie dans sa volière et le public.

Point de vue mise en scène, c’est Byzance : musiques, chants, danses, vidéo, et j’en passe., le tout truffé de références pour petits et grands. Bref, Kurt Pothen a trouvé la recette parfaite pour emmener son public loin. Et ça marche : la salle rit à gorge déployée et les cœurs se serrent aux moments dramatiques, brefs instants d’émotions intenses souvent rattrapés par une pitrerie.

Il faut saluer aussi le travail de la scénographe (Céline Leuchter) et du créateur lumière (Michel Delvigne), qui ont réussi à donner une très grande intimité au spectacle. Le kiosque rappelle immédiatement la forme ouvragée d’une volière, et l’éclairage rend tellement « naturel » qu’on pourrait presque en venir à l’oublier de l’équation.

Le texte, écrit par Jean Lambert lors du travail de création de la troupe, offre de multiples niveaux de lectures, assurant ainsi que tous, tant les oisillons fragiles que les vieux et sages hiboux, trouveront des réponses et des échos de vie. Bref, tout va dans le sens d’un spectacle très réussi, à voir absolument si vous en avez l’occasion.

En savoir plus : la page du spectacle sur le site Agora Theater.

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