Au-delà d’un simple spectacle, « Jeanne d’Arc au troisième degré » est la preuve par l’exemple de ce que le théâtre peut être aujourd’hui : littéralement renversant et pleinement engagé. À travers l’histoire de la Pucelle d’Orléans, c’est toute une société qui est interrogée. Et l’histoire? La vérité se dissout entre histoire, réalité et fantasmes inavoués. À ne pas manquer.

L’histoire, tout le monde la connaît. Jeanne entend des voix, qui lui ordonnent de libérer Orléans, de placer le dauphin Charles sur le trône, et de bouter les Anglais hors de France. Enfin, c’est ce que tout le monde croit. Car sous la plume de l’auteur belge Jacqueline Harpman, Jeanne d’Arc devient une figure d’émancipation.  Et s’il y a bien une chose que Jeanne n’entend pas, c’est de rester à la place que lui attribue la société.

Dans cette fantastique transposition théâtrale, nous découvrons toute la profondeur de ce personnage incompris. Seule en scène, Emilie Guillaume fait preuve d’une énergie incroyable pour rendre toute l’étrangeté du personnage et nous raconte l’énergie qui habite encore celle qui s’apprête au bûcher. Elle court, se retourne dans toutes les positions, se bat avec l’énergie du désespoir, et surtout, elle tient le public en haleine. Son corps et sa voix sont des instruments dont elle use avec une impressionnante maîtrise, et qui nous dévoilent une Jeanne intelligente et décidée, dégoûtée des hommes qui l’ont entourée.

La scénographie, d’une très grande simplicité, laisse tout l’espace nécessaire à la comédienne, et offre au public un support suffisant pour libérer l’imaginaire : quelques draps, une corde, de la craie, une bassine d’eau. Les lumières resserrent l’action, la musique intrigue autant qu’elle évoque. Rien ne distrait, tout sert le propos et soutient l’interprète merveilleusement mise en scène.

Bref, dans ce spectacle de grande qualité, il n’y a ni trop, ni trop peu. La Cie Planche et Tatamis a trouvé ce qu’il faut pour intéresser, saisir, questionner et faire vivre un superbe moment de théâtre.

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