La musique est la langue des émotions
Emmanuel Kant.

Mettre en place une activité d’éveil musical avec des enfants de moins de six ans, ce n’est pas toujours chose aisée : la capacité de concentration des enfants se développe avec le temps. En dessous de six ans, on considère que, pour conserver son attention, il ne faut pas varier les activités toutes les dix minutes environ. Cela nécessite donc d’avoir plusieurs outils dans sa sacoche.

Le principal objectif de ce genre d’accompagnement, c’est de développer une conscience musicale. C’est à dire non seulement d’ouvrir l’esprit des enfants à ce que peut être la musique, de leur y donner accès, mais aussi et surtout de leur faire voir à quel point le « son organisé » fait partie de notre environnement.

Cela fait maintenant deux ans que je m’y applique, et je vous propose donc une petite fiche sur un cours type, selon ma propre expérience. Pour ce faire, je dirige une séance d’une heure, et je divise cela en cinq séquences. J’en modifie souvent l’ordre, et organise même parfois des croisements, à l’exception des premières et dernières.

Du temps du muet, il y avait de la musique. Maintenant aussi, mais on ne l’entend plus, les gens causent tout le temps.
Jean Renoir

Organisation d’une séance

Rencontre

Cette première partie est la plus courte, mais c’est aussi une des plus importantes. Il s’agit d’une simple discussion avec l’enfant, mais qui offre non seulement à celui-ci un moment de sas qui lui permette de passer des activités qui précèdent à l’activité que je vais faire avec lui. Je profite également de ce moment pour voir ce qu’il a retenu de nos précédentes séances.

La rencontre passe par des questions simples – comment vas-tu? comment s’est passée ta semaine? qu’as-tu fait le week-end dernier? tu as vu tes amis hier? – qui s’intéresse directement au jeune et à ce qu’il vit. C’est aussi là qu’on peut découvrir un peu plus comment s’adresser à lui.

Exemple : un de mes coachés m’a dit lors de ce moment de discussion, qu’il adorait construire des vaisseaux spatiaux, qu’il regardait Cars à la télévision, et qu’il allait bientôt fêter son anniversaire. 

Mais cela passe aussi par des questions plus en lien avec ma présence – qu’avons-nous fait la semaine dernière? c’était quand la dernière fois que tu as chanté / joué de ton instrument? par quoi veux-tu commencer aujourd’hui? – et qui vont me permettre d’organiser le cours pour qu’il se sente impliqué dans son activité.

Bruits

Demander à un enfant de faire du bruit, c’est à moitié suicidaire car à tous les coups, il va vous sortir des cris suraigus. Bien, au fil des séances, je conseille d’orienter la séquence de bruits vers du son non-vocal. Ainsi, faire du bruit, deviendra un excellent moyen à la fois de fatiguer un peu l’enfant, mais également d’explorer les sons de percussions et le rythme.

Attention, le but n’est pas de laisser mon élève se défouler pendant dix minutes en sautant partout. Je mets en place plusieurs jeux très courts pour encadrer ça, et en faire un outil éducatif.

  1. « Fais-comme moi » : optimal pour un travail des rythmes, les séquences d’imitations et répétitions offrent l’avantage de cadrer fort l’enfant, mais lui permettent moins de s’exprimer ou de se défouler. Il s’agit de frapper un rythme en demandant à l’enfant de le répéter après.
  2. « Recherche un son » : attention, pour cette activité, veillez à ce qu’il n’y ait rien de fragile dans la pièce. Il s’agit de demander à l’enfant de trouver des sons graves, aigus, ou plus graves que… et plus aigus que… sur base de percussions. La version simple donne une clapping corporel (poitrine, mains, doigts, pieds, genoux), la version complète transforme la pièce en véritable instrument (frapper sur un mur, sur une table, sur le sol, sur un coussin, sur une caisse en plastique, sur une chaise en métal, avec sa main, un coussin, un vieux livre, …)
  3. « Chef d’orchestre » : ce jeu est mon préféré, car il propose un cadre assez fort et une approche psychomotrice du son. Il s’agit d’établir quatre signes avec l’enfant, qui feront varier autant de paramètres : vite/lent et fort/faible ; puis de le diriger pour qu’il les explore un à la fois, puis deux par deux (vite et fort, lent et faible, vite et faible, lent et fort).

Culture musicale

Ici, on passe dans une phase légèrement plus passive. Il s’agit de concentrer l’attention de l’enfant sur ce qu’il entend. Personnellement, je trouve que c’est le moment le plus délicat. C’est pourquoi c’est aussi souvent l’activité la plus courte. Voici quelques idées d’activités simples à mettre en place :

  1. Relier les instruments : étendre des images de différents instruments facilement différenciables (piano, violon, guitare, tambour, flûte), puis lui faire entendre une mélodie avec un de ces instruments et lui demander de désigner celui qu’il a entendu. En jouant avec lui, vous lui permettez ainsi d’acquérir une connaissance visuelle et sonore des différents instruments.
  2. « Écoute et sentiments » : il s’agit de relier la musique à une sensation interne. Au préalable, je préviens également l’enfant qu’il va devoir s’exprimer, et je lui propose un médium : soit les mots (« Je ressens de la joie, de la tristesse, une envie de danser, de la peur, … ») soit par le dessin (« Je vais mettre de la musique, et j’aimerais que tu dessines ce que la musique te fait ressentir. Cette musique est-elle plutôt rouge ou bleue ou noire? Est-ce qu’elle fait des vagues, des montagnes russes ou qu’elle fait comme une grande plaine? ») soit par le corps (et on s’approche alors d’une approche par la danse, ce que je privilégie avec les enfants les plus actifs).
  3. Reconnaître une oeuvre : sans doute la partie la plus difficile, à moins évidemment que vous ne connaissiez bien votre élève. Reprenons mon exemple de toute à l’heure :

Mon élève m’a dit qu’il adorait regarder Cars à la télévision. Je lui ai apporté l’intégrale de la bande-son du film, et nous avons écouté les chansons dans le désordre, en essayant de les remettre aux bons moments du film

Pratique musicale

La pratique musicale peut être variée à l’infini. Personnellement, j’aime toujours les chansons. Je trouve qu’apprendre des comptines aux enfants, c’est à la fois un instrument facile puisque presque toujours disponible, mais c’est aussi leur donner confiance en leur voix et leur transmettre quelque chose qui relève de l’histoire. C’est également un bon moyen pour ancrer son cours dans des thématiques « temporelles ».

Exemple : Noël est une période facile à chanter, mais à l’approche d’Halloween, on peut également privilégier des chansons sur les sorcières (J’habite une maison citrouille), pareil pour Carnaval avec des personnages des farces (Arlequin dans sa boutique).

L’approche par les chansons permet également d’enrichir le vocabulaire de l’enfant, car elles regorgent toutes de mots ou d’expression peu courantes : battre le briquet (Au Clair de la Lune), enseigner, valet ou pourpoint (Arlequin dans sa boutique), carquois ou bison (Nagawika), …

La pratique musicale peut aussi s’apprendre avec une approche de type « solfège », mais alors on retombe dans quelque chose de plus passif : apprendre ce qu’est une portée, une clef de sol, une note, … Cela est évidemment nécessaire s’il y a une recherche de pratique instrumentale. Mais je conseille quand même de veiller à ce que l’enfant aie le goût chanter et de jouer avec les sons avant de l’asseoir à une table pour lui expliquer. Personnellement, j’essaie toujours de faire ça à toute petite dose, et de rendre ça légèrement plus actif (s’entraîner à dessiner des clefs de sol par exemple).

Il y a également l’approche purement sonore, c’est à dire travailler sur les quatre paramètres physiques du son : intensité (volume), hauteur (grave/aigu), timbre (couleur du son) et la durée. Ce travail recroise évidemment la partie « Bruits ».

Il y a enfin l’approche instrumentale, souvent espérée par les parents, qui consiste à apprendre à jouer d’un instrument. La principale difficulté lors de cours particuliers tels que ceux que je donne, c’est que l’enfant n’a pas tout à fait le choix de l’instrument puisque les multi-instrumentistes ne courent pas les rue. Toutefois, il existe d’excellente méthodes dans le commerce, et le coach peut accompagner cet apprentissage dans un premier temps. Cela dit, rien ne vaut, pour la pratique d’un instrument, les cours en académie.

Détente

C’est bien connu, ce qu’on retient d’une activité, c’est le début et la fin. Je veille donc à ce que la fin soit assimilée à quelque chose d’agréable, et de facile. Pour ce faire, soit je joue avec l’enfant à un jeu qu’il aime, soit je mets en place une dernière activité passive. Généralement, lors des premières séances, je préfère les jeux, car cela me permet encore de découvrir mon élève (cf. ma toute première séance).

Autre exemple : mon coaché adore construire des vaisseaux issu de la saga Star Wars. Je lui propose donc qu’on en construise un (ou une partie) ensemble, et en même temps, je mets la musique de John Williams (le thème principal évidemment, ou d’autres plus ou moins connu comme la Cantina Band ou Across the Stars, pour varier les ambiances).

Pour une seconde activité passive, ce que je préfère, c’est utiliser le cinéma. Les enfants sont régulièrement soumis aux écrans, que ce soit à la maison, dans les espaces-enfants des magasins, même à l’école parfois. Et il existe certains films pour enfants qui peuvent permettre de faire découvrir la musique. J’en connais au moins trois chez Disney, où la musique est vraiment à la toute base : Fantasia (1940 et 2000) et Pierre et le Loup. Mais selon la séance, je sais qu’il en existe d’autres où la musique à une place particulière, même s’ils peuvent se révéler plus difficiles à trouver (Warner Bros : What’s opera, doc ou The rabbit of Seville ; mais cela vaut également la peine de chercher les courts-métrages d’étudiants en animation, qui bien souvent travaillent sans paroles).

Petits conseils

Et pour vous qui aurez eu le courage de lire ce long article jusqu’au bout, voici de quoi faciliter les cours et le rapport avec l’élève :

Soyez ludique. Conseil à la con qu’on trouve dans n’importe quel magazine de bas étage, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas judicieux. Tournez tout comme un grand jeu, et tâchez de vous amuser. Si vous ne vous amusez pas, votre élève a peu de chance d’y arriver.

Préparez vos définitions. Lorsque vous aborderez des nouvelles matières, vous serez confronté à un nouveau vocabulaire que l’enfant ne maîtrisera pas forcément. Que signifie plus grave, plus aigu? Qu’est-ce qu’une portée? Comment l’expliquer simplement et de manière imagée?

Lire plus : définitions musicales pour les 8 – 13 ans sur Vikidia.

Se renseigner sur les artistes. Il y a de très bons artistes qui ont un répertoire clairement axé pour enfants. Outre les studios Disney, qui offrent l’avantage de proposer des chansons de styles variés selon les dessins animés, on peut citer Hugues Augray (dont le répertoire est souvent appris dans les mouvements de jeunesse : Santiano, Stewball, Le Petit Âne Gris), André Borbé (qui fait du rock familial) ou Henri Dès (souvent mis en très jolies animations).

La musique mérite d’être la seconde langue obligatoire dans toutes les écoles du monde.
Paul Carvel.

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