Dans ce conte léger, c’est toute une vie qui passe. Celle de Monsieur Optimiste, pharmacien juif polonais bruxellois, dont la famille habite le ghetto de Varsovie. Et, comme le suggère le titre, l’optimisme et la légèreté sont au rendez-vous.

Ce roman adapté pour la scène est une histoire pleine de douceur. En rangeant les archives de ses parents décédés, Alain Bierenbaum découvre au fil des formulaires divers et des documents conservés la vie aventureuse de son père, Monsieur Optimiste, de son vrai nom Cheim Bierenbaum, immigré juif de Pologne. De lettres en reçus se dépeint tout un univers digne d’une aventure de Tintin : après son mariage avec Rebecca, la Seconde Guerre Mondiale éclate. Son voyage de noce se passe entre exode et bombardements, pour finalement revenir à Bruxelles. Il se lie d’amitié avec un Allemand espion pour le Reich, fuit le Service de Travail Obligatoire, devient résistant, puis se cache avec son épouse qui collectionne les recettes de cuisine.

Si la scénographie hésite entre utilitarisme et évocation poétique, la mise en scène est clairement tournée vers le quotidien. En cela, Christine Delmotte arrive – avec le talent de Daphné D’Heur et Fabrice Rodriguez  –  à nous faire vivre la vie de toute une famille pendant la guerre. Les spectateurs assistent à plusieurs tableaux remplis d’humour qui sont autant d’instants volés, comme capturés par un œil attentif. Toutefois, et c’est la grande force du spectacle, le style ne tombe pas dans le naturalisme, mais se tourne vers une forme de conte contemporain narré à deux voix.

Les deux comédiens sautent du narrateur aux personnages avec une grande clarté. Leurs deux voix se mêlent pour nous raconter l’histoire, chantant autant qu’elles ne parlent dans la dynamique très sonore de ce spectacle vivant. Soutenus par la musique, les lumières et autres effets, ils font tous deux preuve d’un sens du rythme qui donne son ton léger au spectacle. Cela offre au public la respiration qu’il faut pour aborder une matière aussi dure que l’Holocauste et ressortir de la salle en assurant que « Monsieur Optimiste » était un bon spectacle.

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