Avec « Une charge déraisonnable », les Riches-Claires répondent à la nécessité des centres culturels d’offrir des espaces d’expression. Mais c’est beaucoup dire que de présenter le témoignage de Silvia Guerra comme un spectacle de théâtre.

Si sa narration est humoristique – nul doute qu’une rencontre ou une table ronde avec elle serait vivante et comique – c’est un spectacle de théâtre musical et de clown qui est annoncé, et c’est en tant que tel que je vais en parler.

Sylvia Guerra, musicienne d’origine italienne, a vécu récemment une situation absurde : bien qu’elle soit ressortissante européenne, elle a reçu un Ordre de Quitter le Territoire. Elle vient témoigner devant public de ce qu’elle a vécu. Malheureusement, si le sujet promet d’être kafkaïen à souhait, on y trouve seulement un récit à peine mis en scène.

L’écriture est fade, trop quotidienne, et surtout sans aucune structure qui puisse permettre au spectateur de s’y retrouver : elle joue d’abord (avec un manque de rythme et d’énergie consternant) sa convocation à l’Office des Étrangers, puis nous singe grossièrement les réactions des gens, nous raconte les réactions de l’avocat, la surmédiatisation de son cas qui l’amène à rencontrer l’ambassadeur d’Italie, ensuite nous lit une petite liste d’une vingtaine de conseils humoristiques pour immigrés, et finit par nous parler de ses origines italiennes en nous présentant sa famille. Elle termine le spectacle avec (enfin!) une chansonnette toute gentille.

Summum : un passage enregistré, joué comme un appel téléphonique, pose plein de questions très intéressantes qui enrichiraient le spectacle : problématique plus large de l’immigration hors UE, territorialisme, ce que signifie « charge déraisonnable », … Et l’artiste n’en fait strictement rien. Bref, un coup dans l’eau, et trois minutes inutiles pour le spectacle.

La mise en scène brille par son absence : aucune gestion de l’espace passé les cinq premières minutes de spectacles, le rythme est mou et laisse retomber l’énergie. Quant à la scénographie, j’hésite entre inexistante : aucun décor – ma foi, c’est le cas de beaucoup de stand up – cinq chaises rarement utilisées – une seule aurait suffit ; et trop stéréotypée : la comédienne porte des chaussures délabrées, un pantalon usé, une robe qui ne prend pas la lumière et qui pourtant ne se fait pas oublier pour laisser le spectateur imaginer les personnages incarnés.  J’ai peine à croire qu’il y ait eu une réflexion à ce niveau, tant cela m’évoquait une tenue de ville quotidienne.

Quant au jeu de la comédienne, je n’ose en parler. J’ai eu quelquefois du mal à l’entendre alors que je me trouvais au deuxième rang. Il n’y avait pas d’énergie, et à certains moments, des flottements de texte (euh… alors voilà… eeeeet…) donnent l’impression qu’elle improvisait. Je ne doute pas que Sylvia Guerra soit très comique à la ville, mais il en faut un peu plus pour faire un bon spectacle. Surtout lorsqu’on l’annonce comme un spectacle de clown : aucune des conventions clownesques n’était présente (rythme saccadé, échecs de tentatives, réussite impromptue, stylisation du corps, …) Rien!

Par contre, elle maîtrise son instrument, c’est indéniable. C’est d’ailleurs regrettable qu’elle s’en serve si peu, et cela laisse une grande question en suspens : quand on se présente comme musicienne, pourquoi ne pas utiliser son art au service de ce qu’on veut dire?

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