Cette comédie féroce de Rémi De Vos est une déclinaison, une variation sur le thème des séparations amoureuses dans un texte contemporain, vif et accessible. Les comédiens servent cet univers avec talent, et font naître le rire grâce à leur énergie et à un rythme effréné. Un sème commun dans les variations : la rupture ne semble pas plus simple que la vie de couple.

Trois ruptures présente, comme le titre l’indique, trois couples en tension qui se séparent. Ce rapport à l’Autre, à celui qui partage notre vie, est exploré, disséqué, analysé sous trois lampes différentes et toutes donnent le même éclairage : l’Autre nous dérange, nous met en danger, on veut le réduire à rien, le maîtriser, mais on ne veut pas qu’il parte.

Tout au long du spectacle, la scénographie évolue. Le fond sert de séparation pour créer une coulisse avant d’être transformé en un tour de main un plancher de chambre à coucher ; les accessoires changent, bougent, disparaissent ; les comédiens changent de costumes. Entre chaque séquence, le couperet d’un écran de projection tombe, séparant le public et la scène. C’est l’occasion pour les comédiens de se changer et de mettre la prochaine scène en place, et pour les spectateurs de se détendre un peu avant de replonger. La longueur des changements permet cette respiration, même si elle entraîne parfois une impression d’attente et casse un peu le rythme survolté des scènes.

De ce point de vue, d’ailleurs, les deux comédiens, Catherine Salée et Benoît Van Dorslaer, sont impressionnants : ils font preuve d’une énergie complètement folle, qui entraîne tellement le spectateur que lorsqu’un élément incongru survient, le rire suit presque spontanément. Les répliques fusent, les mots volent. L’heure et quart que dure le spectacle file comme une comète, et semble ne durer qu’un instant. Leur jeu est limpide, tant avec le texte qu’avec leur corps, et on sent une grande complicité entre eux.

Enfin, il faut souligner aussi la belle qualité des lumières, qui déterminent des ambiances très nettes, très différentes d’un moment à l’autre, et qui, paradoxalement, se laissent complètement oublier dès que les comédiens commencent à jouer. Pile ce qu’il faut pour les mettre en valeur de manière discrète autant qu’efficace.

– PROLONGATION –
Cet excellent spectacle se joue encore jusqu’au 18 mars 2016. 

C’est aussi l’occasion de découvrir un lieu qui mérite d’être mis à l’honneur : la salle du Théâtre des Bosons, à Ixelles, est à la fois un lieu de travail pour la compagnie, et un petit lieu de représentation. Une salle d’une quarantaine de personnes (maximum), dans un espace où chaque centimètre carré semble mis à profit de manière intelligente et parfois surprenante, comme cette régie qui se cache sous l’escalier menant au bar. Un lieu polyvalent, puisqu’il semble pouvoir accueillir du théâtre, des expos photos, un petit salon à l’ambiance conviviale, …

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