Un texte opaque, des rôles obscurs, des relations floues, une chose est sûre : Des mondes meilleurs est un spectacle difficile à aborder.

L’histoire est incroyablement complexe à résumer. L’intrigue principale met en relation deux politiciens adverses, leur femme, et l’homme qui a écrit ou écrira leur discours. Chacun se réveille obsédé par une idée plus ou moins philosophique, de l’envie de croquettes de crevettes au manque de sens de la vie. Et tout commence là. Ou plutôt, tout part en eau de boudin. Car les relations qu’entretiennent les personnages ne servent presque à rien dans l’histoire, qui tourne au débat politico-philosophique toute les deux minutes, et finit en queue de poisson. Autour de l’intrigue sans saveur, deux personnages qui font office de narratrices avec à leur côté, deux allégories : la Révolution, incarnée dans l’art ou l’Histoire et proposant des pavés au public ; et l’Abandon, représentée par une femme enceinte couronnée et juchée sur de hauts talons verts, qui offre à tout en chacun de noyer ses soucis dans l’absinthe. La pièce atteint son climax à environ dix minutes de la fin, avec une scène de sexe aussi molle que fade et une scène de rupture où il y a plus de non-dits que de révélations ; et retombe à plat avec le final, où chaque personnage nous décrit la suite de son (court) destin et termine avec un petit « Et c’était bien« .

Bref, le texte est profondément difficile. Il nécessite, pour être compris, un minimum de connaissance théoriques de l’ordre de l’éthique, la morale ou la philosophie, et un maximum d’attention très précise car malheureusement, la mise en scène ne le soutient pas suffisamment.

Tout d’abord, l’effet de distanciation très travaillé donne à voir des comédiens qui tour à tour incarnent un personnage et le font agir, ou nous racontent leurs actions, les commentent ou les expliquent. Ces sauts réguliers d’une convention à l’autre, sans indices scéniques, sont quelque peu déroutants. Pour ne rien arranger, le rythme, appuyé par les entrées et sorties des nombreux personnages par des portes battantes, est très rapide, et les idées s’enchaînent. De plus, les rôles narratifs nous invitent à penser que tout cela est ridicule, grotesque voir stupide : montrées comme des potiches, à grand coups d’intonations aigües, de sourires plaqués, et de scansion gênant la compréhension, elles laissent l’impression que tout ce qu’on voit n’est qu’une télé-réalité de seconde zone. Le public flotte entre une critique très symbolique des médias et un obscure pastiche du langage dans les rapports sociétaux, et se noie dans une soupe de mots qu’il peine à mettre ensemble.

Dans la salle, toutefois, tout le monde ne semble pas avoir partagé mon avis. Mais les avis sont très tranchés. Dans la file pour le vestiaire, j’ai pu ainsi entendre des gens s’exclamer qu’ils avaient « littéralement a-do-ré« , que ce spectacle était d’une grande profondeur, et portait un beau regard sur le monde actuel ; et d’autres se plaindre de n’avoir pas eu de tomates, ou s’excuser auprès de leurs amis pour les avoir invités en leur garantissant que « d’habitude, ce n’est pas comme ça« .

Comme toujours, je serais heureux et ravi d’échanger avec ceux qui ont vu ce spectacle, car celui-ci plus que tout autre me laisse perplexe comme une promesse non-tenue.

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