Cette version d’un grand classique à tout pour séduire : qualité de jeu, limpidité de la mise en scène, et un petit plus dans lequel réside son originalité. Au rendez-vous d’un grand texte et d’un style vif et coloré, la pièce file d’acrobaties en cabrioles sans qu’on ne la voie passer.

Ce bonus, c’est la commedia dell’arte. Ce style de théâtre est un code assez particulier qui mérite une parenthèse. Tout d’abord, ce qu’on voit, c’est une scénographie quasiment inexistante : aucun décors, accessoires sortis tout droit d’un marché au puce ou d’un grenier. Puis ce sont des comédiens masqués ou grimés, avec un jeu corporel très expressif. Chaque personnage a une posture très particulière, qui le rend immédiatement reconnaissable et qui est en dit autant sur son énergie ou ses moteurs d’actions que le masque qu’il porte.

Cette version des Fourberies laisse sans voix. Tout d’abord parce que le texte fuse et file, à se demander où les comédiens reprennent leur souffle, et que malgré cela, on comprend tout. Dans cette tornade qui nous entraîne, le rire fuse sans qu’on ne puisse le retenir, devant des gags pourtant vus et revus. On redécouvre la colère du maître trompé par son valet, la malignité de celui-ci qui s’en sort avec adresse, et l’amour indomptable des jeunes. Jacques Lecoq disait de la commedia que c’était l’art de la comédie humaine, et le travail de Christophe Herrada le confirme : on voit ici autant qualités que défauts de l’homme, dépeint avec malice et humour par Molière, mis en lumière par les acteurs.

En parlant de lumière, le travail du créateur lumière et de la régie mérite d’être mis à l’honneur. Il soutient à merveille le jeu des comédiens, et tout en étant clairement identifiable, n’est à aucun moment trop évident ou gênant.

Du côté des acteurs, tous maîtrisent les codes et jouent à merveille. Rythme endiablé, cascades, acrobaties, corps nets et dessinés, rien n’est laissé au hasard. Petite particularité : chacun a étudié deux rôles, et les rôles sont tirés au hasard au début du spectacle. Cela donne vraiment envie de le revoir, en espérant croiser une autre distribution.

Enfin, pour ne rien enlever, c’est également l’occasion de découvrir la salle chaleureuse et intime du cabaret « L’Os à Moëlle », située, pour l’anecdote, juste sous la maison natale de Jacques Brel.

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