Ce qui se joue aux Riches-Claires, ce n’est pas que du théâtre. Pour le coup, ce spectacle, c’est aussi un super projet d’un point de vue social. D’une dynamique de quartier lancée par la maison des jeunes d’Anneessens, l’interview des pères marocains prend une tournure plutôt universelle lorsqu’elle est mise en scène et traduite en spectacle.

Bouchichi fait des vidéos. Comme Norman ou Cyprien. Mais son père n’apprécie pas trop la chose, et préférerait le voir travailler à l’école. Son caractère un peu rebelle à grande-gueule n’est pas très apprécié des profs. Jeté dans une école professionnelle où on valorisera ses « mains en or », il confirme : décidément, les bancs scolaires ne sont pas fait pour lui. Grâce à son ami Khalid, il plonge dans le monde du travail, mais se confronter à la vie professionnelle est plus rude qu’il ne le pensait. Entre vie rêvée – vie facile et la réalité, Bouchichi se débrouille comme il peut tout en traversant comme un chef les ellipses rythmées de ses changement de postes et les brèves entrevues avec un père qui rame un peu dans cette nouvelle réalité numérique des succès d’internet.

« Une seule question : est-ce que c’est bien? »

La qualité d’écriture est indéniable. Le ton est léger, comique, plein de jeux de mots – certes, pas des plus subtiles – et en même temps assez doux. Le regard porté sur le rapport au père est très tendre, à la fois gentiment moqueur et plein de respect. La diffusion des interviews des pères, réalisées par la maison des jeunes, apporte aussi l’éclairage très particulier de ceux qui, souvent, lorsqu’on parle d’éducation, sont un peu oubliés. Ces vidéos permettent de prendre la mesure de leurs inquiétudes, de leur questionnement, de leur amour pour leur enfant, malgré les différences générationnelles qui existent.

Dommage que cette force dramaturgique n’ait pas été plus soutenue par la mise en scène, qu’on aurait pu souhaiter plus vive. Certains changements de décors superflus, dans le noir et sans musique, donnent quelques longueurs au spectacle. Et la scénographie, absente, met en avant cette idée d’un « théâtre improvisé », avec ce petit côté scolaire si facile à gommer.

D’autant que du côté des comédiens, le plaisir est évident. Alors bien sûr, tous les codes scéniques ne sont pas maîtrisés, parfois ça joue hors lumière, il y a quelques imprécisions dans le texte, mais il y a un tel fond de vérité et d’amusement que tout cela paraît secondaire. Le partage est généreux, et rapidement une complicité sincère s’établit entre Ismaël Bouchichi et la salle. Au final, le public est conquis.

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