Sur Tristesse, une île au large du Danemark, il ne reste que huit habitant. Un matin, la mère de Martha Heiger, leader politique d’extrême-droite sur le continent, est retrouvée pendue au drapeau. Celle-ci revient sur l’île et prétend ramener le corps de sa mère après la cérémonie. Mais sa présence semble cristalliser les tensions existantes au sein de l’île, et tous les accrocs qui existaient dans la trame de cette micro-société deviennent de véritables déchirures.

Cette pièce d’Anne-Cécile Vandalem est un véritable chef-d’oeuvre. Le texte en lui-même est riche : les éléments philosophiques sont rendus tout à fait digeste par une bonne dose d’humour et des rapports entre personnages intenses. Et la mise en scène l’améliore encore : entre une scénographie où rien n’est laissé au hasard et une musique oppressante jouée en live, les comédiens évoluent dans des émotions fortes, dont le rendu est soutenu par la présence de caméra sur scène qui diffusent ce qu’elles captent en direct. Ce n’est plus juste du théâtre, c’est du cinéma en live et sans interruption.

À la musique, Vincent Cahay, Pierre Kissling et Françoise Vanhecke font peser une atmosphère lourde, dense et tout à fait étouffante. Leurs traversées de scène au ralenti rend leur présence fantomatique anxiogène. Dans ce cadre de thriller au bord du fantastique, pas étonnant que les situations s’accélèrent jusqu’à la folie.

Et pour couronner le tout, les comédiens sont brillants. Bernard Marbaix, dans le rôle du père de Martha est intrigant à souhait. Face à lui, Jean-Benoît Ugeux est le maire du village, agressif, répugnant, et dégradant envers sa femme, Anne-Pascale Clairembourg, une fabuleuse dépressive. Vincent Lécuyer et Catherine Mestoussis, qui jouent le pasteur manipulé et sa femme à fort caractère, sont tout à fait complémentaire, et offrent un contrepoint humain aux précédents. Mais le clou du spectacle, c’est Anne-Cécile Vandalem, dans le rôle de Martha Heiger, qui arrive à se rendre tellement parfaitement haïssable qu’on en oublierait presque que c’est du théâtre tant on a envie de l’agresser en sortant.

La tension entre eux tous, présente dès les premiers moments, est tellement forte et tellement sincère que le public se laisse emporter dans ce polar musical sans comprendre ce qui lui arrive, et finit par se dire, à l’instar de la dernière réplique du père Heiger : « On s’est fait avoir. On s’est fait avoir depuis le début. »

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