Difficile de définir « Comme la pluie », tant ce spectacle tient de l’éphémère. Entre performance et introspection du comédien, la seule chose certaine est que ce spectacle reste un grand mystère.

Dans ce seul-en-scène qui hésite entre le théâtre et la démonstration plastique, le comédien Philippe Léonard nous parle d’une manière simple qui invite à l’écoute. De phrases suspendues en dessins évolutifs, il entraîne le public dans une approche de l’inachevé. Tout dans le monde qu’il dépeint est un peu plus qu’à moitié, un peu moins que complètement… et finalement, assez rarement terminé.

Malheureusement, le rythme interrompu rend le fil difficile à suivre. Si l’effet poétique obtenu par ces phrases toujours inachevées est appuyé par les dessins qui entretiennent quelquefois un rapport avec son discours, les plus beaux moments sont les moments où il dessine, efface, modifie son dessin pour raconter une histoire. Est-il nécessaire de recourir à la parole quand elle n’apporte rien?

C’est aussi ce qui m’amène à me demander si ce spectacle est vraiment fait pour les enfants? Certes, l’approche contée est attrayante, et c’est une performance agréable à regarder, ce qui permet de leur faire découvrir cet univers très contemporain. Mais le rythme faible et le manque d’histoire semble en avoir ennuyé plus d’un dans la toute petite salle.

Il faut cependant souligner, vu l’approche plastique du spectacle, une belle scénographie signée Catherine Somers, qui met en valeur le comédien et lui permet de s’exprimer visuellement d’une manière très efficace : petite table avec matériel d’artiste, guéridon avec une bassine, tableau de bois servant à la fois de fond de scène et de support au papier kraft que l’acteur recouvre progressivement au fusain.

La mise en scène est très difficile à dissocier du jeu d’acteur tant la recherche ici est quotidienne. On regarde réellement un dessinateur au travail, à tel point que lorsqu’il se place pour regarder son oeuvre avec un peu de distance, en plein front de scène, de dos, il la cache au public assis au centre.

Au final, c’est un spectacle assez moyen, et plutôt déprimant, puisque le seul achèvement que l’on imagine en sortant de là est la mort, illustré par cette métaphore de l’enterrement :

Si la falaise s’effondrait devant l’entrée de nos vies d’enfants, d’hommes, de femmes modernes, qu’aurions-nous envie de laisser, que des spéléologues pourraient découvrir dans 25 ou 30 000 ans?

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