L’intrigue de cette célèbre pièce de Shakespeare est aussi complexe et légère qu’un rêve : quatre jeunes amants se poursuivent lors d’une fuite crépusculaire en forêt, royaume féerique sous l’autorité d’Obéron et Titania, roi et reine de la nuit, pendants nocturne au couple ducal dont les noces sont annoncées dans la première scène. A côté de cet imbroglio amoureux, une troupe amateur constituée d’artisans, pour préparer une représentation en l’honneur du mariage du duc, s’enfonce elle aussi dans cette forêt qui sert de cadre à la dispute de couple royal. Obéron, avec l’aide de Puck, son plus fidèle lutin – le plus farceur aussi – profite de tout ce petit monde pour donner une leçon à sa reine, et remettre de l’ordre dans les sentiments des jeunes gens. C’est sans compter sur la malice du fameux Puck…

Cette pièce compte dans les grands classiques du répertoire, et aborde un grand nombre de thème : l’amour, la passion, la volatilité des sentiments, mais également le théâtre, ses conditions, sa réception, … Il y a donc un très large choix d’interprétations imaginables. Cette mise en scène semble s’être principalement axée sur le caractère pulsionnel du désir amoureux : l’échauffement des sens et l’appel des corps est au centre des mises en place. En résulte une hyper-sexualisation des comportements qui peut, parfois, mettre mal à l’aise.

La scénographie est impressionnante : plusieurs plateaux sur différentes hauteurs créent des espaces très facilement distinguables, dans un décor à tendance baroque. Plaques dessinées en feuille d’acanthe ou autres motifs végétaux,  rideaux de papier, travées des estrades de bois à vue, … Rien n’a la moindre visée réaliste, ce qui laisse une immense place à l’imagination des spectateurs, et permet donc facilement de créer ce monde onirique que montre Shakespeare.

Les costumes sont complexes. Si ceux des nobles Athéniens et des amants n’illustrent rien et ne mettent pas en valeur les comédiens, ceux des fées forment une réelle matière picturale et s’intègrent parfaitement au décor. La grande cape à haut col d’Obéron est surprenante, et donne parfois un relief comique au jeu de Fabrice Rodriguez qui pourrait se permettre d’y plonger plus encore. Les vêtements des artisans indiquent leur pauvreté, mais aussi toute leur inventivité lors de la représentation puisqu’ils œuvrent réellement à partir de rien, de bouts de chandelles et transforment un tissu plâtré en mur ou un sac en jute en crinière. Ce rappel de la transfiguration possible au théâtre, finalement un des meilleurs moments de la pièce, laisse l’envie d’en voir plus encore, l’envie d’un spectacle entier avec cette qualité surréaliste.

La direction d’acteur est parfois un peu trop psychologique pour cette pièce longue qui nécessiterait une énergie plus explosive. Il y a quelques temps dont on pourrait se passer quitte à y perdre un peu en poésie. Il faut cependant souligner son caractère exceptionnel : diriger dix-neufs acteurs en misant le moins possible sur la figuration, ce n’est pas rien. De plus, la troupe de Théâtre en Liberté regorge d’acteurs ludiques qui rehaussent le tout d’un certain plaisir : plaisir du jeu très présent chez certains comédiens, plaisirs du dire chez d’autres. Ainsi, Julie Lenain fait une Hélène gémissante convaincante, à tel point qu’elle transcende un costume grotesque ; Stéphane Ledune, avec Bottom, fait à merveille l’artisan grossier convaincu de son talent (ici à juste titre) ; et enfin Bernard Gahide donne une saveur incroyable à Puck. On sent toute la malice du personnage sans même qu’il ait besoin d’ouvrir la bouche.

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